Ce samedi 8 mars, plusieurs centaines de femmes se sont réunies à la place des Fêtes de Fokoué afin de promouvoir l’égalité femmes-hommes, grande cause de la mandature de l’Élévation de Madame la Maire de Fokoué DEMENOU TAPAMO Adrienne Paule.
L’objectif : à travers le thème de cette année, 40ème édition de la Journée internationale pour les Droits des Femmes « pour toutes les femmes et les filles : Droits, égalité et autonomisation » : faire entendre la voix des femmes à travers l’art, le sport, et par le traditionnel défilé.
*Par le pagne, réunir les femmes en une force commune*
6h.
Réveil.
Eléna enfile son pagne. Cousu sur mesure, le pagne n’est pas qu’un simple habit : il sert à distinguer un groupe de personnes de la même communauté. Spécialement cousu pour l’occasion, Eléna porte ainsi le même tissu que toutes ces femmes en ce jour. Un même tissu, qui par les mensurations délimitées au préalable par chacune des stylistes de la commune qui se sont affairées pour le 8 mars, mettent en avant la diversité des silhouettes féminines.
Sur le pagne, des messages ont été imprimés. On peut notamment y lire : « FEMMES. Actrices de la paix », « FEMMES. Motrices du développement économique et social », « Protégeons la vie des femmes », des messages qui peuvent sembler évidents pour certaines et certains mais rappelons que les évidences nécessitent parfois des rappels, car les luttes ne sont jamais gravées dans le marbre, elles nécessitent des voix pour les faire porter.
Ces voix, elles se font particulièrement entendre depuis 1984, alors que le CFR (Collectif des femmes pour le Renouveau), collectif camerounais fondé en 1982, décide d’organiser pour la première fois au Cameroun, la célébration du 8 mars, aboutissant à la création du Ministère de la Condition Féminine. Dans un esprit de dénonciation des violences faites aux femmes partout dans le monde et de leur oppression comme fait politique, le Collectif organise dans cette visée en 1987 le premier festival de films féminins en Afrique Noire et instaure le prix Winnie Mandela pour soutenir les femmes dans leurs combats.
La visibilité du 8 mars connaît son tournant en 1988, alors qu’une table-ronde et un débat télévisé sur le féminisme sont organisés dans les locaux du journal officiel Cameroon tribune.
Le 8 mars de l’année suivante, le CFR se fait davantage connaître et reconnaître, malgré certaines voix contestataires, et prend la parole à la radio nationale afin de dénoncer notamment les autorisations maritales, les mutilations sexuelles ou encore la polygamie unilatérale, entraves à la liberté, à l’égalité, et aux droits des femmes. Pour le collectif, il s’agit de mettre en lumière l’omniprésence des femmes dans leur travail pour le développement des sociétés et de leur pays, pour autant exclues des structures de pouvoir et des décisions importantes. Mais le militantisme des femmes camerounaises notamment durant la colonisation française et anglaise leur a valu pour grand nombre d’entre-elles mort, détention politique, déportation, exil.
C’est ainsi que le 8 mars est inscrit dans les mémoires : pour se rappeler de toutes ces femmes qui se sont battues, souvent au prix de leur vie, simplement pour l’égalité.
*Les femmes ont du pain sur la planche, alors elles réclament “du pain et la paix”*
Si Eléna se réveille à 6h, comme grand nombre de ces femmes en ce jour de revendications, ce n’est pas pour rester les bras croisés.
En tant que femme cheffe étoilée à la restauration, il faut avoir la tête sur les épaules.
Aux préparatifs depuis la veille, Eléna a du pain sur la planche : ce soir, tandis que certaines et certains iront se rassasier à la sous-préfecture, plus d’une centaine de personnes attendront leurs mets au restaurant de la mairie, pour clôturer la journée en beauté. Au programme : le légume, le taro sauce jaune et noire, le couscous, l’ananas, le koki plantain, la pastèque…offerts par la Mairie de Fokoué. Ce soir, les ventres ne crieront pas famine.
Pourtant, un homme vient crier au scandale : « cela fait des heures que l’on attend, comment fait-on pour manger !? Ce n’est vraiment pas normal. » sans savoir ce qui se trame en coulisses. Pourquoi une femme doit-elle d’autant plus faire ses preuves pour être jugée à sa juste valeur ? Chez les femmes, la reconnaissance et le respect ne sont pas innés : elles doivent répondre à tout un ensemble de codes, instaurés par les hommes, qui feront d’elles des femmes « dignes » ou non. Elles seront toujours jugées par le regard masculin, pour travail égal, pour tâches égales. On ne saura jamais combien d’heures une femme a sué pour qu’un homme mange à sa faim, combien de luttes elle a dû affronter pour se faire sa place dans un monde dominé par les hommes.
*L’autonomisation des femmes ne doit pas empêcher les hommes de se sentir concernés par la lutte pour l’égalité*
12h.
Rendez-vous à la Place des Fêtes, l’épicentre de toutes les célébrations et de toutes les unions.
Mais aujourd’hui est un jour spécial. Rien à célébrer, si ce n’est les victoires des voix portées et des luttes gagnées.
Pour autant, jour de revendications ne signifie pas absence de célébrations. Les talents de Fokoué trouvent toujours leur place dans les esprits et dans les cœurs, à qui veut bien l’entendre.
Bien que les tribunes soient en grande majorité constituées de femmes, quelques hommes sont tout de même présents.
On ne s’attend pas à plus de présence masculine, bien enracinée le reste de l’année, mais un peu de mobilisation et d’implication ne serait pas de trop.
Car chacun se doit de se sentir concerné : les luttes conjointes seront toujours plus paisibles. Surtout que le thème des Nations Unies, pour la 40ème édition de la Journée internationale pour les Droits des Femmes est « pour toutes les femmes et les filles : Droits, égalité et autonomisation ». Un sujet qui devrait en intéresser plus d’une et plus d’un.
*« Yes, we can » : Madame la Maire inspire l’engagement*
14h.
Madame la Maire DEMENOU TAPAMO Adrienne Paule fait son entrée. Vêtue de son pagne orange, impossible de passer inaperçue.
Elle prend place au centre des autorités administratives, qui n’ont évidemment pas manqué à l’appel : parmi elles, Madame la Présidente du Réseau des Femmes WAMBA NDONGMO Marthe, Monsieur
le sous-préfet BUNJI NDOFI NGANGEH Isidore, Monsieur l’adjoint au sous-préfet TCHAPMI Céleste Danique, Madame la députée suppléante l’Honorable MAFONA Edwige, Madame la conseillère régionale NGWESSIE NTOMB Rosalie, proviseure du lycée bilingue de Fokoué à la retraite, Monsieur le Commandant de la brigade de Gendarmerie de Fokoué BOOG NDJIB Augustin, Monsieur le professeur et Vice-président de la CONAC (Commission Nationale Anti-Corruption) ANOUKAHA François, pour n’en citer que quelques-unes et que quelques-uns.
Madame la Maire annonce la couleur dès les premières minutes de son discours.
A son habitude, un discours poignant, des mots frappants, mais surtout, un silence d’hécatombe sur les bancs des tribunes. « L’histoire de demain s’écrira avec la femme ou ne s’écrira pas ».
Madame la Maire ne manque pas de souligner les écarts dans la vie politique : un quota de 30% de femmes est estimé mais en pratique, elles ne sont que 15% à détenir leur place à l’Assemblée nationale, au Sénat, dans les Associations politiques, dans les Mairies, dans les Régions.
Ce n’est pas faute d’exister, mais d’être représentée. Car les femmes sont bien présentes à hauteur de 55% au sein du département de la Menoua.
Si les femmes ont longtemps été invisibilisées par le crédit accordé aux hommes, aujourd’hui, leur valeur n’est plus tue.
Car « ce n’est pas moins de 60 à 70% de filles qui obtiennent plus de baccalauréat que les garçons »
Et l’éducation n’est pas un secteur isolé « elles se démarquent dans le secteur privé ou elles sont de véritables cheffes d’entreprise, des Capitaines d’industries, des promotrices économiques ». La société ne peut donc se penser sans la présence des femmes, véritables moteurs économiques. Mais pour se faire, les hommes doivent laisser la place aux femmes, et les femmes elles-mêmes doivent prendre la place qui leur est due.
*Performances artistiques et sportives : la Mairie de Fokoué met les femmes à l’honneur*
14h30.
Début des performances artistiques.
Chaque année, les acteurs de Fokoué donnent voix aux talents de femmes qui restent dans l’ombre le reste de l’année.
Et pour ce faire, Madame NNANGOMO Yvette, enseignante à l’École Publique Inclusive de Fokoué-Ville, et Monsieur MANFOUO Éric, Chef de Centre Multifonctionnel de Promotion des Jeunes (CMPJ), armés de leur micro et d’un engouement contagieux, font la présentation des femmes inscrites pour présenter leur performance.
Discours, danses, poèmes, pièces de théâtre, playback… les passages fusent.
L’occasion de mettre en avant des talents, mais aussi et surtout des messages, que ce soit par l’art corporel ou par l’art des mots.
Là réside toute la puissance de ces femmes : aucune ne vacille, aucune n’hésite, aucune ne tremble.
Saisissant le micro à deux mains, plus que l’émotion, la force et la détermination se font ressentir.
Des textes qui prônent l’indépendance, la liberté, l’émancipation, la répartition des tâches ménagères, l’égalité salariale, les femmes dans la politique, la fierté d’être femme, la prise de son destin en mains.
Tout le public se laisse emporter par la danse que mènent ces femmes : certains ont les yeux qui brillent, d’autres sourient. En tout cas, personne ne reste indifférent face à ces performances.
15h30.
Récompenses et remise des prix des gagnantes du tournoi de tennis de table. Le promoteur Monsieur TAPAMO Honoré, Président de la section RDPC (Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais) Menoua Sud-Est a gratifié les gagnantes. Quant à celles qui ont rapporté au moins une victoire, elles ont pu bénéficier de 22 bassines.
L’occasion de faire passer un message clair : le sport n’est pas réservé qu’aux hommes et les femmes peuvent y trouver aisément leur place.
*Plus qu’un défilé, une marche pour rendre visibles les femmes*
17h.
Défilé.
Le traditionnel défilé prend place et les femmes s’affairent en leur honneur, mais aussi en l’honneur de celles qui marcheront dans leurs pas. Car à Fokoué, parmi les 10 associations de la Commune dirigées par des femmes, 32 % des actions se concentrent sur la promotion de l’éducation des filles.
Par ces luttes, la marche se fait entendre.
Madame la députée suppléante l’Honorable MAFONA Edwige entame la marche, brandissant avec fierté le drapeau camerounais. Suivie de Madame la Maire DEMENOU TAPAMO Adrienne Paule, aux premières loges.
La cadence ne se fait plus attendre, les femmes défilent à perte de vue.
Il ne s’agit pas seulement d’une marche de toutes les femmes de la commune.
C’est une marche vers l’avenir, des petits pas qui font les avancées, des pas assurés qui font les changements.
Mais c’est surtout l’occasion de voir se tenir droites toutes ces femmes d’habitude courbées sous le poids du travail, si courbées qu’on ne les voit que petites.
Aujourd’hui elles reprennent leur grandeur, leur splendeur et on ne peut plus détourner le regard. Pas seulement pour leur beauté, mais pour leur puissance.
Alors ce 8 mars 2025 restera gravé dans les mémoires car les femmes qui travaillent dans l’ombre, affaissées à leurs préoccupations sont aujourd’hui les préoccupations.
Aujourd’hui, la lumière va tout droit sur les pagnes et sur celles qui les portent. Mais demain, elles n’en auront plus besoin pour que le message passe.
Le 8 mars continuera de faire porter ces voix éteintes bien trop tôt, celles des filles d’aujourd’hui, celles des femmes de demain qu’on ne pourra plus étouffer.
Bérénice Pognant
